
Quand on entend le terme « slowpreneuriat » pour la première fois, on imagine souvent la même chose : des journées de travail raccourcies, un rythme plus lent, presque une forme de farniente entrepreneuriale. En gros, une philosophie pour les personnes qui n’ont pas vraiment d’ambition ou qui préfèrent la tranquillité à la réussite. Et quand on est artisan, on peut se dire que cette façon d’entreprendre est loin d’être idéale pour nous. Que cela s’adresse forcément aux autres entrepreneurs, ceux qui ne fabriquent pas eux-mêmes leurs produits.
Pour autant, dans cet article, je vais vous montrer que cette approche est en réalité très loin, de ce que l’on s’imagine au premier abord, et qu’elle est particulièrement pertinente lorsqu’on exerce une activité artisanale 😉
Qu'est-ce que c'est le slowpreneuriat ? (Et qu'est-ce que cela n'est pas)

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Que vise le slowpreneuriat ?
On résume souvent le slowpreneuriat par la formule « entreprendre en travaillant moins et mieux ». Ce n’est pas faux, mais cette définition reste très incomplète. Et si ce raccourci s’est imposé, c’est en partie parce qu’il répond à un modèle entrepreneurial qui valorise toujours plus de vitesse, de croissance et d’intensité.
En réalité, le slowpreneuriat cherche avant tout à construire des activités robustes. Autrement dit, des activités capables de durer, sans épuiser les écosystèmes qui les rendent possibles, qu’ils soient humains ou non humains. Le respect du vivant est donc au cœur de cette approche.
Cela peut sembler un peu abstrait à première vue, mais promis, tout cela prendra davantage de sens dans la suite de cet article 😉
Mais d’où cela vient ?
Cette approche s’inspire du mouvement Slow, né dans les années 1980 en réaction à une société où tout devait aller toujours plus vite. Son idée est de remettre un peu de sobriété, de sens et de mesure dans notre façon de vivre, dans le respect des personnes comme de leur environnement.
Appliqué à l’entrepreneuriat, cette philosophie invite à privilégier la qualité plutôt que la quantité, à prendre des décisions réfléchies plutôt qu’à réagir en permanence dans l’urgence, et, encore une fois, à construire une activité capable de durer.
Il encourage également à sortir de l’isolement en développant des relations plus étroites avec ses clients, ses partenaires ou d’autres entrepreneurs (vive les collaborations !). Il invite aussi à se reconnecter aux raisons qui nous ont donné envie d’entreprendre et à construire une activité alignée avec ses valeurs.
Enfin, le slowpreneuriat n’est pas opposé à la croissance. Il remet simplement en question l’idée selon laquelle une entreprise devrait grandir toujours plus vite. Il invite plutôt à développer son activité à un rythme soutenable, en réponse à de vrais besoins (les siens et ceux du marché) et dans le respect des ressources dont on dispose.
Il ne s’agit donc pas de travailler moins par principe, mais plutôt de construire une activité que l’on peut faire grandir dans la durée, sans s’épuiser ni perdre de vue ce qui nous a donné envie d’entreprendre au départ. Et de le faire dans des conditions compatibles avec notre réalité.
L’humain avant la stratégie
Le slowpreneuriat inverse en quelque sorte la logique habituelle. Au lieu de partir d’une stratégie toute faite et d’essayer de s’y adapter, il commence par s’intéresser à la personne qui porte le projet.
Comment fonctionne-t-elle ? Quelles sont ses forces ? Ses limites ? Qu’est-ce qui l’anime profondément ? Quel est son pourquoi ? Quelle est sa réalité, aujourd’hui ? Etc.
C’est seulement après s’être posé ces questions que l’on construit une stratégie. Une stratégie qui s’appuie sur nos forces, qui tient compte de nos contraintes et qui a donc beaucoup plus de chances d’être durable.
Pourquoi il n'existe pas de stratégie idéale pour tout le monde

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Il n’existe pas qu’une seule stratégie
En entrepreneuriat, les stratégies qui fonctionnent ne manquent pas. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de stratégie universelle.
Prenons l’exemple des réseaux sociaux. Pour certaines personnes, être très présent en ligne est facile et naturel. Pour d’autres, cela demande une énergie considérable. Non pas parce qu’elles manquent de compétences ou de motivation, mais tout simplement parce que cette manière de développer leur activité ne correspond pas à leur façon de fonctionner. Or, maintenir une stratégie qui va constamment à l’encontre de sa nature demande beaucoup d’efforts. Au début, cela peut fonctionner. Toutefois, à force de s’adapter en permanence, on finit souvent par s’épuiser, par perdre le plaisir d’entreprendre et, parfois, par abandonner.
C’est justement ce que le slowpreneuriat cherche à éviter. Car une activité ne peut durer sans épuiser la personne qui la porte que si elle est construite en tenant compte de sa façon de fonctionner. Tout ce qu’un modèle générique ne peut pas faire.
Pourquoi les stratégies toutes faites ont leurs limites
C’est aussi ce qui explique pourquoi certaines personnes qui appliquent à la lettre une stratégie business recommandée par un coach n’obtiennent pas toujours les résultats promis.
Attention, cela ne signifie pas que le coach en question est mal intentionné. Sa méthode a très probablement fonctionné pour lui ou elle, et sans doute aussi pour une partie de ses clients. En revanche, ce que l’on voit beaucoup plus rarement, ce sont toutes les personnes pour lesquelles cette même stratégie n’a pas donné les résultats espérés.
Le problème, c’est que ces dernières ont souvent tendance à se remettre en question. Elles se disent qu’elles manquent de discipline, qu’elles ne sont pas faites pour entreprendre ou qu’elles ne sont tout simplement pas assez compétentes.
Pourtant, il ne s’agit pas toujours d’un manque de compétences, ni de motivation. Bien souvent, c’est simplement que la stratégie n’était pas adaptée à leur façon de fonctionner ou à leur réalité. Une approche peut très bien être efficace, sans pour autant être soutenable pour tout le monde.
Nous ne sommes pas des robots
L’un des grands oublis du discours entrepreneurial actuel, c’est que nous ne sommes pas des machines capables d’être productives en permanence. Nous sommes des êtres humains, avec des rythmes, des contraintes et des périodes où notre énergie n’est tout simplement pas la même.
Une maman de quatre enfants n’a pas la même disponibilité mentale et temporelle qu’une personne célibataire. Une personne qui vit avec une maladie chronique ne dispose pas non plus de la même énergie au quotidien. Et même sans cela, croire que l’on peut avancer de façon parfaitement linéaire, au même rythme toute l’année, relève davantage du mythe que de la réalité.
Le slowpreneuriat part de ce constat. Plutôt que de chercher à faire entrer tout le monde dans le même modèle, il invite à construire une activité qui tient compte de ces réalités et qui s’adapte aux différentes saisons de la vie.
Construire du robuste plutôt que du performant

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Pour bâtir une activité durable et soutenable, il existe un autre concept sur lequel se base le slowpreneuriat : la robustesse.
La robustesse plutôt que la performance
Nous vivons dans un monde de plus en plus instable. Ce qui fonctionnait il y a dix ans ne fonctionne plus forcément aujourd’hui, et les règles du jeu évoluent sans cesse.
Dans ce contexte, l’idée selon laquelle il faudrait optimiser chaque aspect de son entreprise pour être toujours plus performant montre vite ses limites. Cette logique est adaptée à un environnement relativement prévisible. Mais lorsque les conditions changent en permanence, elle conduit à devoir tout réajuster sans cesse, ce qui peut rapidement devenir épuisant.
Le slowpreneuriat propose une autre approche. Celle de construire une activité robuste plutôt qu’une activité optimisée à l’extrême. Et une activité robuste ne cherche pas à être performante en toutes circonstances. Elle est conçue pour absorber les imprévus, s’adapter aux changements et rester à flot lorsque le contexte devient plus difficile.
Et pour un artisan, dont l’activité dépend généralement de sa propre énergie, de ses capacités de production et d’un contexte économique parfois incertain (on l’a vu en bijouterie avec la flambée du cours de l’argent), cette robustesse devient un véritable atout.
Un concept inspiré du vivant
Cette notion de robustesse s’inspire notamment des travaux d’Olivier Hamant, chercheur en biologie, directeur de recherche à l’INRAE et auteur de deux ouvrages de référence sur le sujet : La Troisième Voie du vivant (2022) et Antidote au culte de la performance (2023).
C’est en étudiant le vivant, qu’il s’est rendu compte que les systèmes biologiques ne cherchent pas à être performants à tout prix. Leur priorité est plutôt d’être suffisamment robustes pour faire face aux imprévus, s’adapter aux changements et continuer à fonctionner malgré les aléas. À l’inverse, vouloir tout optimiser peut finir par rendre un système plus fragile. Et à ce moment-là, il suffit parfois d’un petit grain de sable pour que tout se dérègle (c’est une image évidemment 😉).
Et selon Olivier Hamant, nos entreprises ne sont finalement pas si différentes. Plus elles sont poussées vers une optimisation permanente, plus elles risquent de devenir vulnérables au moindre changement.
Les principes de la robustesse
La robustesse repose sur plusieurs principes, parmi lesquels l’adaptabilité, la coopération, la redondance, l’hétérogénéité ou encore la lenteur. En d’autres termes, elle nous invite souvent à faire l’inverse de ce que valorise le culte de la performance.
C’est un sujet passionnant, mais aussi très vaste. Je pourrais y consacrer un article entier (et il y a de fortes chances que je le fasse 😄), notamment pour montrer comment appliquer ces principes à une activité artisanale. En attendant, je vais tout de même vous partager un exemple concret.
Vous souvenez-vous de la période du Covid, lorsque tous les marchés artisanaux ont été annulés pendant plusieurs mois ? Les artisans dont l’activité reposait presque exclusivement sur ces événements ont vu leur chiffre d’affaires chuter brutalement.
C’est l’une des conséquences d’un système très optimisé, mais peu robuste. Lorsqu’une activité dépend d’un seul canal de vente, d’un seul fournisseur, d’une seule offre ou d’une seule source de revenus, le moindre imprévu peut avoir des conséquences importantes.
Évidemment, cela ne signifie pas qu’il faut être présent partout. Ce serait épuisant, et ce serait même contraire à l’idée de soutenabilité que prône le slowpreneuriat. L’enjeu est donc de trouver un équilibre, en diversifiant suffisamment son activité pour la rendre plus robuste, tout en restant cohérent avec ses ressources, sa réalité et sa manière de fonctionner.
Pourquoi c'est encore plus vrai pour les artisans d’art

Crédit photo : Jill Pollock – Vaea Designs
Toutes les entreprises sont concernées par ces enjeux, mais, à mon sens, les activités artisanales le sont encore davantage.
En effet, un artisan fabrique à la main, avec un temps incompressible. Certaines étapes ne peuvent tout simplement pas être accélérées sans avoir un impact sur la qualité du travail ou de la santé de la personne qui crée. Pourtant, comme je le mentionnais au début de cet article, le monde qui l’entoure valorise souvent l’inverse avec ses injonctions à produire plus, communiquer davantage, être toujours plus visible et réagir toujours plus vite.
À force d’être exposés à ces injonctions, beaucoup d’artisans finissent par croire que c’est le prix à payer pour réussir. Qu’ils n’ont pas le choix. Ils essaient donc de suivre un rythme qui n’est pas compatible avec la réalité de leur métier, alors même qu’ils sentent, au fond d’eux, que ça ne peut pas fonctionner.
Le paradoxe, c’est que beaucoup ont justement choisi l’artisanat pour ralentir, retrouver du sens, créer avec leurs mains ou tourner la page d’un précédent épuisement professionnel. Et pourtant, sans en avoir conscience, ils reproduisent parfois les mêmes mécanismes que ceux qu’ils cherchaient à quitter.
C’est pour cette raison que je pense que le slowpreneuriat a toute sa place dans l’artisanat. Parce qu’il propose une manière de développer son activité qui respecte davantage la réalité du fait-main et la personne qui est derrière chaque création.
Accompagner les artisans au slowpreneuriat
C’est d’ailleurs ce constat et mon propre cheminement qui m’ont donné envie de me former à l’accompagnement en slowpreneuriat.
Avant de former des bijoutiers, j’ai moi-même exercé ce métier pendant plusieurs années. J’ai donc connu cette pression à toujours faire plus dans son activité, et je sais à quel point elle peut finir par nous éloigner de ce qui nous a donné envie d’entreprendre au départ.
C’est pour cette raison que je suis en train de créer un programme d’accompagnement en slowpreneuriat spécialement pensé pour les artisans et les créateurs, quel que soit leur domaine (donc pas uniquement pour les bijoutiers 😉).
Si ce sujet vous parle et que vous souhaitez être informé·e de l’ouverture des inscriptions, vous pouvez rejoindre la liste d’attente juste ici : https://www.objectifbijoux-school.com/liste-attente-slowpreneuriat-pour-creatifs
Et d’ici là, si vous êtes curieux·se d’en apprendre un peu plus sur votre fonctionnement naturel, je vous invite à faire le mini test juste en-dessous 👇 Vous découvrirez votre profil d’artisan·e-entrepreneur·e et recevrez des conseils personnalisés pour développer votre activité en tenant compte de votre manière naturelle de fonctionner.

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