Émerisage : l’essentiel à connaître sur cette technique


Coin débutant /

Si vous débutez dans la création de bijoux, il est fort probable que vous soyez un peu perdu en ce qui concerne les techniques et le jargon spécifiques à la bijouterie. Parmi les techniques de base, on retrouve l’émerisage. Mais en quoi cela consiste-t-il ? Quelle est son utilité ? Avec quels outils émerise-t-on le métal ? Les réponses dans ce nouvel article 😉

Qu’est-ce que l’émerisage ?

papier émeri
Feuilles de papier émeri

L’émerisage est généralement l’étape qui vient après le limage. En effet, lors du limage, la lime laisse inévitablement des traces dans le métal. L’émerisage permet donc d’enlever ces marques, afin de préparer le bijou pour le polissage.

À savoir : dans le cas de l’argent 925, l’émerisage permet aussi d’enlever les taches de feu si on ne peut pas le faire par limage.

Si l’on sort un peu du jargon de la bijouterie, émeriser signifie en fait sabler, ou poncer. Pour émeriser le métal, on utilise du papier émeri, bien qu’on puisse retrouver cet abrasif sous d’autres formes. Celui-ci est composé, comme son nom l’indique, de poudre d’émeri, qui est une variété impure de corindon. La grosseur des grains qui composent le papier le rendra plus ou moins abrasif.

Comment émeriser ?

grain papier émeri
Grains papier émeri

L’émerisage se fait en plusieurs étapes. On commence par un grain grossier, du 220 ou 240 (marque Klingspor) par exemple, puis on passe progressivement à un grain de plus en plus fin. Personnellement, je ne passe que trois grains différents, soit le 220, le 400 et le 600. Je trouve que c’est amplement suffisant. Toutefois, je sais que certains bijoutiers aiment se rendre jusqu’à un grain plus fin 800 à 1000, voir 1500, ou même 2000 ! À mon humble avis, cela dépend surtout de la technique de polissage qui s’ensuit. Étant donné que je polis principalement au tour à polir (polisseuse), le 600 me suffit largement.

À savoir : l’indice de référence de la grosseur des grains n’est pas forcément le même d’une marque à l’autre. Ceux que je vous ai cités précédemment sont ceux de la marque Klingspor. Si vous n’utilisez pas la même marque, il est possible que le 600 Klingspor soit plus grossier que le 600 de la marque que vous utilisez, ou inversement. Il n’y a pas de standardisation en la matière, ce qui, avouons-le, n’est pas très pratique…

À savoir : Le 220 est plus grossier que le 600. Ainsi, plus l’indice est bas, plus le grain est gros.

Pour un émerisage optimal, il faut croiser les lignes. En clair, cela signifie qu’il faut émeriser le métal dans un sens. Une fois que l’on ne voit plus de traces de limes, on émerise avec le même grain, mais de manière perpendiculaire au premier passage – ou du moins de façon à ce que les lignes se croisent. Et il en va de même pour chacun des grains que l’on utilisera. Cette méthode permet de voir s’il reste, ou non, des traces de limes ou d’émeri du grain précédent. En effet, si l’on émerise toujours dans le même sens, les lignes finissent par se confondre et il devient impossible de savoir si celles issues des grains précédents, qui sont plus profondes, ont disparues.

émeriser en croisé
Début du second passage au même grain. On voit que les lignes sont perpendiculaires aux premières

Je vous rappelle que l’étape de l’émerisage prépare le métal en vue du polissage. Il est donc très important, si l’on veut obtenir un beau poli, que les rayures aient totalement disparu. À l’exception, bien sûr, de celles laissé par le dernier grain que vous avez passé.

À savoir : L’émerisage se fait généralement à sec, mais le fait de mouiller le papier, évite que les poussières ne volent dans l’air et que le papier ne s’encrasse trop rapidement (édit suite au commentaire de Pierre 😉 )

Les outils pour émeriser

Il existe plusieurs outils qui permettent l’émerisage du métal. Nous allons passer en revue les plus courants.

1- Le cabron

Le cabron est un bâton en bois de profil rectangulaire, dont les dimensions font approximativement 7×30 mm, pour une longueur d’environ 30 cm. Du moins, ce sont les dimensions des miens
😉

préparer un cabron
Préparation d’un cabron

Le papier émeri est soit collé en couche unique sur sa surface, soit enroulé tout autour. Personnellement, je préfère enrouler une feuille de papier émeri autour du bâton, car cela évite de devoir refaire trop souvent ses cabrons. En effet, lorsque le papier devient trop usé, il suffit simplement d’enlever la partie usagée, sous laquelle se trouvera un morceau de papier tout neuf. Cependant, il est important que le papier soit bien enroulé à plat, sans former de courbe. Afin que le papier se plie adéquatement, vous pouvez y tracer une ligne avec votre pointe à tracer en suivant la bordure du bâton. Cette ligne créera une cassure à cet endroit, permettant ainsi au papier de plier facilement.

Utilisé comme une lime, il permet la majorité des travaux d’émerisage.

Les minis cabrons

Il peut être parfois utile d’avoir un cabron plus petit. Dans ce cas, vous pouvez très bien en fabriquer un vous-même en collant un morceau de papier émeri sur un bâton d’esquimau (Popsicle pour les québécois 😉 )

La mouche ou émeriseur

émeriseur
Émerisage de l’intérieur d’une bague

La mouche, aussi appelée émeriseur, voir barbu (au Québec), est constituée d’un mandrin porte-émeri autour duquel est enroulé une bande de papier émeri. Cet outil s’utilise avec le moteur suspendu et permet d’émeriser des courbes concaves, comme l’intérieur des corps de bague ou des sertis clos ronds ou ovales.

Dans la vidéo, ci-dessous, je vous montre comment faire vos propres mouches.

Les minis mouches

Si vous devez émeriser l’intérieur d’un sertis clos pour une pierre de 4 mm par exemple, vous ne pourrez pas utiliser votre mouche standard. Il faudra donc en fabriquer une sur-mesure.

Pour cela, vous pouvez prendre l’extrémité d’une vieille fraise que vous sciez en deux sur 5 mm environ pour créer une fente dans laquelle vous pourrez insérer le papier émeri. Sinon, pour une mouche encore plus petite, vous pouvez très bien utiliser une aiguille à coudre et insérer le papier dans le chat 😉

mouche émerisage
Petite mouche réalisée avec une aiguille

Par contre, pour pouvoir scier une fraise, il va falloir la détremper. Pour cela, il suffit de la chauffer jusqu’à ce qu’elle soit rouge et la laisser ensuite refroidir à l’air libre. Pour ce qui est de l’aiguille, si celle-ci est trop longue, il vaut mieux la couper pour la raccourcir, et donc encore une fois, procéder à un détrempage (du moins, à l’endroit que l’on veut sectionner).

La plaque de verre

émeriser
Émeriser à plat

Pour émeriser une surface plane, il peut être intéressant d’utiliser une plaque de verre ou de plexiglas comme support du papier émeri, afin de vous assurer d’avoir une surface bien plane. Vous pouvez simplement déposer votre papier dessus, mais pour ma part, je préfère y coller le papier, afin qu’il reste bien en place.

Les limes aiguilles

Quand on veut émeriser les tranches des ajourés, il arrive parfois que même le mini cabron soit trop gros. Dans ce cas, vous pouvez enrouler un morceau de papier émeri autour de vos limes aiguilles, et vous en servir de la même façon que d’habitude, mais pour émeriser cette fois.

Le bocfil

Enfin, il est possible de coincer une bande de papier émeri dans son bocfil, pour aller émeriser, encore une fois, des ajourés. Toutefois, cette technique est à utiliser avec précaution si vous souhaitez garder des angles nets, car il y a plus de risque de créer des arrondis qu’avec les limes aiguilles.

Les précautions à prendre

Il y a deux principales précautions à prendre lors de l’émerisage. La première est de ne pas vous blesser. En effet, il est très courant que l’on s’émerise les doigts, et que l’on ne s’en rende compte qu’une fois que l’on se met à saigner (désolée pour les âmes sensibles). Par mesure de prévention, vous pouvez très bien utiliser des bandes protectrices pour les doigts, qui vous seront aussi très utiles pour certains travaux de polissage.

La deuxième est de ne jamais utiliser vos outils d’émerisage près d’une pierre, ou du moins avec une très grande vigilance. En effet, si vous vous souvenez de ce que j’ai mentionné au début de cet article, l’émeri est une variété de corindon. Le corindon (famille du rubis et du saphir) a une dureté de 9 sur l’échelle de Mohs. Ainsi, il peut rayer toutes les pierres ayant une dureté de 9 et moins. Autant dire toutes les pierres, à l’exception du diamant. Vous comprenez maintenant pourquoi il vaut mieux éviter de l’employer près d’une pierre 😉

Maintenant que vous connaissez l’essentiel des choses à savoir sur l’émerisage, c’est à vous de jouer 😉

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5 réponses à « Émerisage : l’essentiel à connaître sur cette technique »

  1. Bonjour Caroline ,

    Merci pour ce cour sur l’émerisage.
    Tout est très clair la vidéo au top c’est parfais pour moi , très instructif et plaisant à lire…
    Merci au plaisir

    1. Bonjour Joel, merci beaucoup pour ton commentaire 🙂 À bientôt !

  2. Bonjour.

    Bon article 🙂
    J’ajouterai que mouiller le papier émeri avant son utilisation permet d’alourdir les poussières pour éviter qu’elles ne volent dans l’air (si tant est qu’on nettoie régulièrement son établi, sinon ce n’est pas la peine évidemment) et aussi d’éviter que le papier ne s’encrasse, et donc qu’il soit abrasif un peu plus longtemps. (ça se remarque particulièrement sur du grain très fin, qui se couvre très vite d’une couche de poussière métallique)

    A noter qu’il n’y a malheureusement pas de standards fiables quant à la granulométrie du papier : En ce moment j’ai du 1000 plus fin que du 2500, selon les marques ça a l’air de changer (ça ne devrait pas, mais c’est courant d’être dérouté par un changement de fournisseur)

    Bonne journée =)

    Pierre.

    1. Merci pour ces précisions Pierre ! J’essaierai de mouiller mon papier pour voir la différence la prochaine fois 😉

      Effectivement, j’ai remarqué récemment que les grains n’étaient pas toujours les même suivant les marques… C’est vraiment pas pratique. Je pense que je vais ajouter cette mention dans l’article 😉

      Bonne journée et à bientôt 🙂

  3. Merci 🙂

    Et un dernier truc que j’ai oublié précédemment : on peut aussi découper des disques de papier émeri au compas et les utiliser sur un mandrin rotatif.
    Et pour quand on a besoin de disques encore plus petit on peut les coller sur le côté plat des tiges de forets ou fraises cassés.

    Pour l’eau, la plupart des papiers sont indiqués waterproof comme sur tes photos, d’autres se désagrègent très vite à l’eau(surtout ceux de bricolage en fait)
    Après c’est parfois un peu sale sur les mains, il faut s’y habituer, mais c’est toujours ça de moins dans les poumons 🙂

    Bonne journée de même.
    P.

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