Emigrer au Québec pour apprendre la bijouterie/joaillerie


Interview /

 

Il y a quelque temps, j’ai interviewé, en vidéo cette fois, Catherine Ferré-Nombalais, une Française qui a émigré à Montréal pour y apprendre la joaillerie. En effet, j’ai dans l’idée de pousser un peu plus loin ces fameuses interviews, car je trouve que je le format vidéo les rend beaucoup plus humaines.

Je précise que cet article n’a aucunement été commandité par l’École de Joaillerie de Montréal. Cette série d’interviews a pour but de montrer les différentes voies que l’on peut emprunter pour devenir bijoutier ou joaillier. Dans celle-ci, je voulais mettre en avant le fait d’émigrer pour apprendre un nouveau métier.

Je vous partage donc ici la version vidéo et la version écrite.

Désolée, la qualité de la vidéo n’est pas excellente 😉

 

 

Bonjour Catherine, peux-tu te présenter ?

Bonjour, mon nom est Catherine Ferré-Nombalais et j’ai 47 ans. Je suis arrivée à Montréal il y a deux ans et demi, avec mon mari et mes enfants, qui ont maintenant 16 et 10 ans.

 

Catherine Ferré-Nombalais

 

Quel métier faisais-tu avant de commencer tes cours de joaillerie ?

J’ai fait un bac scientifique, suivi d’un BTS d’esthétique/cosmétique. Ensuite, j’ai travaillé dans la parfumerie. J’ai été directrice de magasins Séphora, puis j’ai travaillé pour Chanel et Guerlain.

Vers 35 ans, j’ai repris des études. J’ai fait un master en formations pour adultes. Je suis donc devenue formatrice en insertion professionnelle et cours de remise à niveau (français, maths, sciences, techniques de ventes, etc.). Puis, j’ai aussi donné des cours à des migrants pour les aider à apprendre à parler le français.

Qu’est-ce qui t’a décidé à changer de voie une nouvelle fois, et à te reconvertir dans la joaillerie ?

Déjà, on avait cette volonté de quitter la France. Il y avait aussi ma fille qui a deux ans d’avance dans sa scolarité et qui voulait s’ouvrir à de nouveaux horizons. Et, mon mari et moi, nous commencions à stagner professionnellement parlant, donc on a décidé de prendre un virage à 360.

On voulait s’installer dans un pays francophone et le Canada était notre premier choix. Donc on a fait un premier voyage exploratoire en février 2015, et c’est là que j’ai découvert l’École de Joaillerie de Montréal.

À ce moment-là, j’ai réalisé que je voulais revenir à des choses essentielles comme travailler avec mes mains, fabriquer, concevoir et créer. Donc j’ai demandé si c’était possible de reprendre des études dans cette école, mais je me disais qu’ils allaient me prendre pour une folle. Et en fait, pas du tout. Ils m’ont dit que oui, c’était possible de venir étudier ici, peu importe l’âge.

Alors, à notre retour en France, on a commencé à se pencher sérieusement sur la question.

Bracelet laiton

Crédit photo : Stéphane Blackburn

 

Comment se sont passées les démarches au niveau de l’immigration ?

La première étape a été de m’inscrire au programme de Joaillerie. Les inscriptions se font par le SRAM et s’ouvrent généralement vers le mois de novembre. Pour procéder à cette inscription, il faut envoyer tous les bulletins de notes du collège et du lycée, ainsi que celui du Bac, peu importe l’âge que l’on a. Donc ça peut prendre un peu de temps à rassembler.

J’ai très rapidement reçu une réponse positive, mentionnant que j’étais retenue pour la rentrée de fin août 2016, et que je pouvais entamer les démarches au niveau de l’immigration.

J’ai donc demandé le CAQ (Certificat d’Acceptation du Québec) au mois de janvier. C’est un document qui prouve qu’on a les fonds nécessaires pour venir s’installer au Québec, et pouvoir assurer notre survie ici, sans l’aide du Gouvernement Québécois. Encore une fois, on a obtenu ce papier très rapidement, au bout d’un mois.

Donc une fois ce papier en main, j’ai pu me lancer dans les démarches du permis d’études. J’ai fait ma demande en ligne, sur le site du ministère de l’immigration. Pour cette étape, il y a beaucoup de documents à fournir, et il est important de suivre les directives à la lettre, parce qu’on ne rigole pas avec les services d’immigration.

Avec ce document, on a eu un petit souci. Je pense que notre dossier était un peu gros, puisque j’avais fait ma demande de permis d’étude, du permis de travail pour mon mari et des visas de mes enfants tous ensemble.

À la date du départ, nous n’avions toujours pas reçu nos Visas. Nous avons donc fait quelque chose que normalement, on ne doit surtout pas faire, nous sommes partis sans papiers, avec le risque de se faire refuser à la frontière.

En arrivant, j’ai expliqué au douanier que mon dossier était en cours. Je lui ai donné tous les numéros reliés à ce dossier, et il a fait des vérifications. Notre dossier était toujours en cours d’évaluation. Comme nous avions pris un billet de retour prévu pour trois semaines plus tard, il nous a gentiment fait confiance, et nous a permis de passer.

Dans les jours qui ont suivi, j’ai contacté plusieurs fois les services d’immigration par téléphone. Chose que je ne pouvais pas faire depuis la France. Et après plusieurs péripéties (racontées plus en détail dans la vidéo), nous avons pu enfin régulariser notre situation.

Est-ce que tu peux nous parler de ton expérience à l’École de Joaillerie de Montréal ?

L’EJM est comme une petite famille. Tout le monde se connaît, tout le monde se respecte. Il y a des gens de tous les âges et c’est très sympa.

Il y a deux programmes, la formation continue et le DEC. Le premier s’adresse plus aux gens qui veulent suivre des cours de soir ou durant le week-end, même s’il y a aussi des cours durant la journée. Le deuxième mène à un Diplôme d’Études Collégiales. Il est plus consistant et demandant au niveau de l’investissement des efforts. C’est celui que je fais actuellement.

Les professeurs sont excellents. Ce sont des joailliers connus et reconnus, qui ont une forte expérience dans leur métier. Ils savent nous encourager et nous aident à nous dépasser.

Une des différences que je vois avec l’enseignement en France, c’est que l’apprentissage se fait de manière plus positive. On ne parle pas d’échec, mais d’expérience.

L’autre chose que j’ai remarquée, c’est qu’ici, tout le monde est d’égal à égal. C’est-à-dire que les profs ont beau être des joailliers reconnus, ils ne nous regardent pas de haut. On ne sent pas ce rapport hiérarchique de professeur à élève.

Ce qui est sympa aussi, c’est que les anciens élèves qui viennent d’obtenir leur diplôme, ont le droit d’utiliser les ateliers de l’école gratuitement pendant un an, pour préparer leur première collection, à condition qu’ils participent au Salon des Métiers d’Art de Montréal. Du coup, on a l’occasion de les croiser et de faire leur connaissance. Et j’ai remarqué qu’avec eux, tout comme avec les autres élèves, il y a un grand esprit d’entraide. On ne sent aucune compétition, au contraire.

L’équipe de l’EJM et du Cégep du Vieux-Montréal (auquel l’EJM est affiliée) est aussi très arrangeante. J’ai eu quelques soucis de santé durant mes études, et comme mon emploi du temps était très chargé avec mes études et mes enfants, ils m’ont proposé d’étaler mon DEC sur 4 ans au lieu de trois. Du coup, ça me laisse plus de temps, et je suis moins stressée.

 

Bracelet argent

 

Voilà, j’espère que cette interview vous a plu. N’hésitez pas à la partager sur les réseaux sociaux et à me donner votre avis dans les commentaires 😉

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